Vingt-sixième message

je n'ai plus rien à dire.

Vingt-cinquième message

Un dessin que j'ai fait en pensant à mon père. L'aboutissement d'un art martial c'est lorsque le combat n'a plus de raison d'être... Et l'aboutissement du dessin... ? Sans doute la conscience de l'inutilité du combat aussi.

Vingt-quatrième message

La force actionne l'outil, elle résonne dans la création. Elle est action. Une création sans force, sans impact véritable n'a pas lieu d'être, sinon pour contribuer à diffuser dans le monde un terreau stérile où une nouvelle forme de création viendra plonger ses racines et redonner la vie. Plus pauvre sera la culture, plus fort sonnera le mot, plus éclatant sera le sens. L'occident produit un terreau stérile... Tant mieux ! Se battre contre l'absence de contenu de la production "artistique et culturelle" actuelle, équivaudrait à racler désespérément son pot de yaourt vide en attendant qu'il se remplisse, et mourir de faim plutôt que d'aller traire la vache soi-même.

Vingt-troisième message

J'ai changé le titre de l'exposition du blog. Elle s'appelle désormais "Le dessin en puissance" au lieu de "ligne claire". Le dessin en puissance est le dessin de l'entendement. C'est un titre qui rend hommage à Nietzsche et sa volonté de puissance. Le dessin en puissance, c'est le dessin en constante évolution, qui exprime son sens au delà de sa forme. Il tend à la simplification pour ne garder que l'essentiel. C'est un moyen de communication.

vingt-deuxième message

Ma colère contre la culture n'est certainement pas totalement honnête. J'ai moi-même une grande soif de connaissance, et j'aime connaître les réflexions des explorateurs acharnés de leurs domaines d'investigations. Mais la grande souffrance de l'explorateur, c'est que sa quête se heurte constamment à l'absurde nécessité productive du monde Humain. On ne peut pas vivre en chercheur, car seule la complaisance à l'égard de la société permet de gagner de l'argent, on ne peut pas vivre dans la complaisance, car elle nous éloigne de nous-même. C. G. Jung semblait voir cette situation humaine comme inéluctable, un paradoxe tout humain... Je refuse cette idée. L'argent est un moyen d'échange, de communication et d'organisation de la société. Aujourd'hui, l'argent est devenu une fin en soi. C'est la maladie de notre "époque" (quelques millénaires), faire d'une aspiration naturelle à la cohésion humaine, un veau d'or. Faire d'un moyen, un objet. Sans doute est-ce là (enfin je l'entends comme ça), la marque d'une peur profonde de ne pas appartenir à la race humaine, peur qui nous fait "adorer" tout signe d'humanité, et donc nous conduit à nous comporter comme des admirateurs de ce qu'on devrait être. Encore là, dans ce fétichisme, je vois la marque de la frustration de ne pas "pouvoir être". Jung pensait que l'homme ne devait -et ne pouvait- pas s'affranchir de l'image de Dieu (cette pensée est déjà paradoxale en soi, car la réalité fait qu'on ne doit que ce qu'on peut), mais la chrétienté n'a fait qu'attiser cet esprit fétichiste, générer des frustrations et des souffrances. La pénitence est une soumission à un fantasme de nous-même. Du cri de Jésus pour la liberté de l'individu, nous avons fait un dogme, de sa souffrance, un exemple. Parce que le chrétien n'a pas cru avoir droit à la liberté, il a mis en place un système qui lui promet qu'un jour, il l'y conduira. Ma conviction est que l'Homme n'a pas besoin d'un dieu qui l'éloigne de sa nature, mais d'une humanité qui le protège et le reconnait à priori. Le conscient et l'intelligence sont les forces de l'Homme, son fétichisme : sa névrose. Nous en sommes à légaliser les mères porteuses, à revendiquer la supériorité de la valeur génétique sur la valeur affective... Mais on oublie en route que notre identité s'élabore sur le lien affectif, dans le lien au ventre de la mère, puis à l'homme qu'elle aime et en qui elle a confiance, et non à nos gènes (qui , quant à eux, nous lient à notre espèce). Nous cesserons de tout confondre, le jour où nous accepterons d'être, tout simplement, en accord avec notre espèce. Le simple fait déjà de taxer un tel propos d'utopie serait la marque d'une névrose. (décidément, je ne peux pas dissocier ma "philosophie de vie" et mon dessin !)

Vingt-et-uniéme message

Bon, il faut que je revienne à ma préoccupation personnelle, car je m'égare... Mon soucis n'est certainement pas de psychanalyser la planète, mais de tenter de trouver un graphisme qui permette d'exprimer le plus largement possible, au delà des cultures, un propos d'auteur. Car je le maintiens, le soucis de l'auteur, est de toucher les gens par sa démarche, plus il touche de gens, plus il est content. La publicité qui a pour but de toucher les gens de façon imparable, utilise la simplicité, puis endosse les habits de la culture d'appartenance de la "cible". Je pense qu'une pub mondiale sur un produit très grand public, pourrait tout à fait utiliser la ligne claire comme forme. La "codification" (c'est à dire le désinvestissement culturel) du dessin est un moyen de communiquer au plus large public qui soit un sens audible par ce même public (et là, c'est autre chose...). Mais dans l'hypothèse où on souhaiterait revendiquer la forme "ligne claire" comme une identité graphique propre, c'est à dire donner à son dessin de la force en tant qu'objet, il lui faut la résonance inverse, c'est à dire la "matière". La "ligne claire" devient alors une forme revendiquée, un esthétique, elle relativise son rôle de code. Sans cela, l'image ne trouve sa pertinence que dans le "sujet représenté"... Exemples ci-dessus : 1. Chat bleu neutre. 2. Chat bleu "objet". Dans le cas du chat bleu neutre, on se soucie de ce qui est représenté, dans l'autre, de comment c'est représenté.

Vingtième message

Plutôt que mes longs discours soporifiques, je vais écrire ici une citation de C. G. Jung que j'affectionne : "C'est ainsi que l'attitude rationnelle civilisée abouti nécessairement à son contraire, c'est à dire la dévastation irrationnelle de la civilisation." (image ci-dessus : La névrose)

Dix-neuvième message

Il m'aura fallu dix-neuf messages pour arriver enfin à identifier le sens de mon propos. La "ligne claire" est pour moi le rejet de toute appartenance culturelle. Ce traitement n'empêche pas la maîtrise technique, bien au contraire, il l'impose. Tous les dessinateurs qui prennent ce chemin sans avoir un bagage technique solide, ne présentent qu'un dessin froid et maladroit, l'amateurisme est criant. Utiliser la ligne claire, c'est dire à son groupe d'origine "auto-congratule-toi, auto-satisfais-toi, nourris-toi de ta propre création... Moi, je m'adresse aux enfants du monde, ceux en ton sein et d'ailleurs qui se sentent plus humains que Français, ou Juifs, ou grands, ou pauvres, ou rebelles, célèbres... Ceux qui refusent de se voir définis par leur milieu de naissance ou d'adoption, les Hommes libres..." Cette volonté de m'affranchir, de trouver un terrain de communication avec le monde sans faire l'apologie d'une culture m'a toujours animé, et elle est à l'origine de ma peinture réaliste déjà, car je pensais alors que seul le "réel" méritait d'être représenté, que toute autre approche graphique sélective était culturelle. Mais le "réel" est infini, et à vouloir en faire le support de son message, on l'y perd. Il m'a fallu longtemps pour me détacher de toutes les influences qui ont nourrit mon imaginaire, ma soif de dessin, il y en avait tellement ! Aujourd'hui, elles m'ennuient toutes, et je m'en réjouis. Je suis un animal libre.

Dix-huitième message

Tentatives de représentation de la Femme. Je ne sais pas quoi en dire, je laisse mûrir.

Dix-septième message

Une femme, c'est beau. Et alors ? Quel est l'intérêt de cette image ? Je l'ai dessinée parce que je me demandais justement l'intérêt de la dessiner. J'espérais trouver une réponse, hé bien non. La beauté peut être représentée hors de l'esthétique de forme, par une ligne claire, oui... Parce que c'est le sujet (pictural) qui est connu comme "beau". Mais je me demande l'intérêt de représenter un "bel objet". En l'occurrence, la sobriété du dessin permet à chacun d'y voir une femme idéale. Tant mieux, mais j'avoue être gêné par le côté "illusionniste" de l'image. L'idée de beauté est subjective, toute tentative de la représenter pour la collectivité me semble illusoire...

Seizième message

Hommage à Michel-ange et à la renaissance italienne. J'ai tellement admiré cette période de "jaillissement lumineux"... Mais son génie artistique me semble aujourd'hui finalement bien relatif. Chaque toile, chaque sculpture est une apologie de "l'éducation". Finalement peu contemplatifs, les peintres de cette époque ont travaillé durement à satisfaire la soif d'opulence des dirigeants et de l'église, flattés du sacrifice fait à l'ouvrage. La soumission de l'art mesurée à l'effort, à l'abnégation. Finalement, cette sculpture de David résume bien la renaissance : L'Homme, debout sur sa création qui lui sert de piédestal, se sent supérieur. (Image ci-dessus : David)

Quinzième message

Tiens, une balle...?! (Image ci-dessus : L'été.)

Quatorzième message

(Début au "Premier message" -voir les "archives du blog"-) Retour aux symboles, car il y a deux choses qui motivent mon travail et qui sont contradictoires... La première, c'est ma fascination pour le monde tel qu'il m'apparaît, c'est la contemplation. La deuxième, c'est ma soif de lucidité, et mon besoin de trouver l'harmonie, c'est "la part symbolique". Les deux sont contradictoires, car la deuxième contient la première et la considère comme une "chimère", une construction ponctuelle. Oui mais, n'a t'on pas besoin de se regarder, de se projeter, n'est ce pas là un réflexe naturel ? La lucidité ne doit pas empêcher le rêve de divaguer quand il en a besoin, la seule règle, c'est sans doute de ne pas prendre le rêve pour un modèle, pour une trouvaille. C'est juste une digression. Peut-être que la sagesse vient avec la mort du rêve. En tout cas, la vérité, elle, n'est certainement pas le fruit d'une construction, d'une divagation ou d'une contemplation... La vérité est naturelle, sa quête consiste en un désapprentissage du mensonge. Image ci-dessus : Le bas des marches.

Treizième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog") Allez, une petite branche... "Ho ! Un avion ! HAaa... Ca va mieux !"

Douzième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog") Notre peur du vide, ou de l'absence qui nous pousse à admirer des gesticulations absurdes, vient de notre méconnaissance de nos propres fondements. Le langage ne naît pas de lui-même, tout dans le monde est soumis à la règle de la causalité. Chaque chose n'est que l'effet d'une cause. Une image du monde suggérée par une couleur unie pour signifier "l'entendement" est souvent vécue comme une chose détestable par le plus grand nombre, car elle nous met devant justement, notre incapacité à trouver nos fondations. Si l'artiste ne nous dis pas comment aborder le monde, on est terrifié, on crie à l'imposture. Ce qu'on ne sait pas, c'est que lorsqu'on regarde une œuvre, on ne voit que notre propre expérience du monde, le tableau nous donne des limites, un "filet" qui nous empêche de tomber dans l'abîme du monde, croit-on. C'est le rôle de la culture, créer des branches pour se tenir, et nous empêcher de tomber... En nous-même. Car comme le dit Schopenhauer, le monde est notre représentation, il cesse d'être si le sujet n'existe plus. Image ci-dessus : Le monde.

Onzième message

Quand on se prosterne, on dit l'inverse de ce qu'on est, et on est l'inverse de ce qu'on dit. C'est un peu le problème de toute adoration, de tout dogme... De tout ce qui créé une communauté qui se différencie du reste du monde par la soumission à une "norme" artificielle. Le langage, à mon sens, n'est pas constitué exclusivement de mots, dans notre monde très "visuel", on peut dire qu'on pense plus en images qu'en mots. Je pense qu'on peut penser en musique aussi. Prenons par exemple un groupe de "Death métal"(ou tout autre groupe affilié à un "esthétique de genre") dont les membres à la voix gutturale et au cheveux longs, sont les porte drapeau d'une communauté qui n'a aucune raison d'être, si ce n'est une aspiration à ignorer l'individu. Pour trouver la valeur d'une prise de parole (musicale ou autre), il convient d'en démonter la forme, afin de voir ce qu'il en reste. En l'occurrence, le groupe de Death metal aura perdu tout intérêt au yeux de son public dès lors qu'il aura troqué son chanteur contre une grand mère, ses guitares contre des mandolines... Et que dire si on enlève la musique pour ne plus lire que les paroles des chansons à voix haute ? La communauté est constituée sur des règles de forme qui justifient la "création artistique". En cela, on peut dire que beaucoup de musiques sont "issues" de la pensée dirigée, et non de la pensée libre. Le message est une apologie de la forme et non une transmission de sens. Pourtant, on sent bien, lorsqu'on écoute une musique qu'on aime, qu'on prend un réel plaisir à cette écoute, ce plaisir n'est-il pas la preuve de la force de cette création ? Non, car ce plaisir naît de la frustration de ne rien trouver. Le plaisir dans ce cas, c'est le plaisir d'attendre le sens qui ne vient jamais. Le fait d'exclure à ce point d'une création, toute" subjectivité", l'empêche de dégager du sens, et cette absence devient tellement criante, qu'elle fascine. Le plaisir vient de notre capacité à vaincre nos peurs, et la peur ultime, c'est la peur de Nietzsche : le Nihilisme. La musique actuelle est un défilé de mode où chacun joue un rôle d'adhérent passionné, de promoteur convaincu qui va terrifier un public d'individus qui se sentent monstrueux de subjectivité. On n'ose plus rien dire, les paroles des chansons se sont évaporées, la musique n'appartient plus aux musiciens mais aux promoteurs de culture. Je l'ai souvent remarqué ce réflexe étrange qui veut que lorsqu'on voit un homme qui est parvenu à créer quelque chose d'admirable, on se met à copier sa création au lieu d'étudier sa démarche pour parvenir à ses fins. Une création n'a de valeur que si, lorsqu'elle change de forme, elle conserve son sens. Elle n'a rien d'admirable, elle est juste un message que délivre l'individu. Prosterne-toi devant ta création, et tu ne distingueras plus l'imposture de l'Homme.

Dixième message

(Début au "premier message") Si j'analyse autant mes images, c'est que j'ai le sentiment que nous sommes tellement conditionnés par nos certitudes culturelles, que nous ne savons plus "recevoir". Quand j'étais enfant, j'étais souvent choqué par les explications vaseuses qu'on nous donne sur des œuvres qui se suffisent à elles-même. Quand on les regarde, on voit quelque chose d'évident, et après "décodage" par l'érudit, on n'y comprend plus rien. Mais cette lucidité est celle de l'enfant, car devenu adulte, on regarde les choses avec les à priori de notre vécu. Nous ne voyons plus, nous jugeons. C'est d'ailleurs frappant de voir la fascination qu'opère la peinture réaliste (qui n'est qu'une pâle copie du réel) sur les adultes, alors qu'elle laisse les enfants de marbre. Dans mon métier, je suis tout le temps choqué par les affirmations des professionnels de tous genres, qui expliquent en toute innocence des vérités qu'ils pensent évidentes pour tous, voire même le "minimum exigible" pour pouvoir se prétendre professionnel. Avant de signer mon premier contrat en BD, j'ai fait le tour des festivals pour rencontrer des dessinateurs avertis qui devaient pouvoir me guider dans mon travail et me permettre d'éviter bien des écueils... Très vite, je me suis rendu compte que chacun me donnait des règles qui n'étaient fondées que sur sa "réaction" à son environnement propre. Je n'ai jamais entendu rien de véritablement utilisable. Aucun dessinateur ne s'est jamais soucié de ma démarche, la curiosité est destructrice quand on fonde ses théories "en réaction" à une culture. Et c'est vrai que c'est très dur de découvrir que la maladresse d'un novice qui ne maîtrise pas l'outil, cache une énergie qui échappe à notre entendement. Ça m'arrive, car j'enseigne régulièrement, et j'ai appris à mettre de côté mes acquis devant les intentions "brutes" des élèves. Parfois on découvre une intention qui va là où vous n'êtes jamais allé. Accepter de regarder cela, c'est partager l'intention de l'autre, et s'en enrichir... Refuser, c'est conserver ses certitudes absurdes, mais aussi complexer un élève qui vous avait fait l'honneur de vous montrer un peu de sa force, et le fragiliser. Personnellement, je n'ai jamais été fragilisé, je crois, car je cherche des évidences. Tant que je peux douter, c'est que je n'ai pas trouvé. Les mauvais conseils de ceux qui sont devenus mes collègues m'ont plutôt servi à mieux les comprendre, et donc à mieux évaluer la difficulté qui m'attendait dans mon aspiration à communiquer par l'image. Car enfin, dans ce métier, le plus difficile n'est pas de maîtriser l'outil, c'est de comprendre les enjeux de la profession. Et finalement les enjeux d'un métier ne sont pas très différents des enjeux de la société entière. On peut se rassurer en pensant que les sociétés s'effondrent et l'humanité demeure... Il n'empêche que ce qui entrave la création, c'est la culture.

Neuvième message

(Début au "Premier message" -voir les "archives du blog"-) Alors là, voilà une image purement contemplative. C'est la vue de ma fenêtre du salon, lorsque je suis assis sur les marches qui vont à la salle à manger. Il me semble que l'image est l'expression d'un "équilibre" que l'esprit formule sous cette forme. C'est la sensation d'équilibre qui est ressentie comme quelque chose de beau. Ma démarche consiste en une exploration de la "mécanique" de création d'une "image équilibre", une image issue de la "pensée passive" et non de la pensée dirigée. Mes images surgissent, je les analyse ensuite. Ici, c'est une image "constat". j'ai vu ça, et je l'ai gardé.

Huitième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-) J'ai lu que certains philosophes résumaient la pensée au langage. Carl G. Jung disait "la matière avec la quelle nous pensons est langage et concept verbal", mais il parlait de la "pensée dirigée" (par opposition à la pensée "libre", la "fantaisie"). La pensée en mot est l'instrument de la culture. Le dialogue, en tout cas, c'est une rencontre, grâce à un outil de communication, entre deux individus... Ce qui est étrange, c'est que dans un dialogue, on affirme des choses avec sincérité, on est investi dans l'échange, mais lorsqu'on sort de cette rencontre, on trouve bien souvent que ce qu'on a affirmé avec force est en fait très "relatif"... Le dialogue est une "photographie consensuelle" du monde décrite par deux individus à un moment donné. Sitôt prise, la photographie révèle son imposture. Dessin ci-dessus : Dialogue

Septième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-) "L'art, c'est ce que nous faisons. La culture, c'est ce qu'on nous fait." Carl Andre. Image ci-dessus : La culture.

Sixième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-)

Quel propos ? L’auteur doit-il chercher l’ « idée absolue », celle dont l’évidence est immuable, ou est-il préférable de laisser la nature, la vie ou le destin se charger de nous mettre sur la voie ? Je suis personnellement attiré par la deuxième hypothèse qui me semble logique puisque le sens échappe à notre conscience (c’est mon parti pris de départ, et je m’en expliquerai), il s’exprimera à notre insu. Le travail de l’auteur (d’images et de textes) réside dans le souci de l’« émission optimale » du message.

Le fait de ne pas forcément avoir conscience du sens « fondamental » du propos, nous impose de nous soucier de la forme, et de ne pas savoir qui du propos ou de la forme est initiateur de l’image. L’un et l’autre sont indissociables, mais ne doivent pas entrer en conflit pour servir le sens.

Il m’apparaît évident que l’issue réside dans l’ultime simplification du propos et de la forme (simplification qui révèle la légitimité de la démarche), afin de propager le « message ».

Cinquième message

Le monde, c'est ce qu'on en sait.

Quatrième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-) Ainsi donc, j'avais trouvé une forme qui me convenait. Et je me suis posé la question du "propos". Je parlerai une prochaine fois de l'expression artistique et ses rapports avec l'inconscient collectif... J'ai dessiné des Hommes au Monolith. L'humain et sa création dans un espace (case) que j'appelle l'entendement. Le monolith sort régulièrement de l'entendement, comme un outil d'exploration de "l'ailleurs", une capacité à se projeter dans une vie dont les codes sont inconnus, l'au delà.

Troisième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-) Mais évidemment, très vite, je me suis aperçu que l'épaisseur de la ligne joue un rôle fondamental dans l'image. Plus elle est fine, plus elle explore le "contenu", plus elle s'épaissit, au contraire, et plus elle résume les limites du "contenant". Faire varier l'épaisseur, c'est tomber dans l'abîme du contenu sans fin, arrêter cette exploration du contenu à une limite établie, c'est proposer un "esthétique local", un esthétique de genre. On s'éloigne de l'intention initiale pour se pencher sur la forme, et on génère des images toujours plus futiles. j'ai épaissi ma ligne, pour lui accorder à elle aussi (comme les espaces "contenus") un espace d'entendement... Une limite spatiale moyenne plus ouverte.

Deuxième message

(Début au "premier message" -voir les "archives du blog"-) Ainsi donc je suis rapidement tombé sur l'évidence qu'il me fallait résumer la forme du sujet à son contour... Sa limite spatiale. Pour ce faire, je crois qu'il convient d'admettre que dans le réel, rien n'est "détouré", et que cette forme n'appartient qu'à notre capacité humaine à "codifier", à conceptualiser. C'est pourtant ainsi que spontanément, n'importe quel enfant dessinera une maison ou une vache... Il en tracera les contours et les arêtes... Pour que la représentation proposée du sujet de l'image soit entendu par tous, il faut que le trait soit lu comme un code, et immédiatement oublié pour ne plus voir que la zone détourée. Zone qu'un à plat de couleur spécifie et qui laisse toute la place à l'entendement. Ainsi, on peut toucher l'intention de l'auteur de l'image. Pour que le trait soit oublié, il faut qu'il ne serve qu'à suggérer une limite spatiale moyenne. La ligne claire qui propose une ligne d'égale épaisseur sur tous les plans de l'image est, à mes yeux, la ligne universelle. Là, il est évident que la ligne ne joue qu'un rôle de délimitation de zone.

Premier message

Pour comprendre d'où vient ce "déclic" pour cette forme simplifiée du dessin, il faut savoir que je viens de l'extrême inverse (voir mon profil sur CGHUB), et un jour, j'ai eu la sensation d'avoir atteint mes objectifs, je ne voyais plus aucun intérêt à poursuivre cette exploration du réel en peinture. Il m'est apparu que l'essentiel de ce à quoi j'aspirais dans mon travail de dessinateur, réside avant tout dans mes intentions premières. Et à mesure qu'une image s'élabore, elle se charge d'intentions parasites, coquetteries ponctuelles, qui viennent en fausser la lecture. Je pense qu'une image dont la force réside dans sa forme, est une image dispensable. En cela, même si je m'intéresse beaucoup à des courants artistiques tels que l'art minimal, par exemple, je rejette catégoriquement la notion de peinture selon Frank Stella, qui prétendait que la force de la peinture résidait dans "l'acte de peinture" lui-même. C'est une apologie du contenu au détriment du contenant que je conteste. De chaque chose nous ne percevons que le contenant, et l'exploration de celui-ci, nous amène à découvrir un ensemble d'autres contenants. Pour les représentations humaines, le contenu n'est qu'un ensemble de contenants. Ainsi nous identifions les objets par leur enveloppe et non par je ne sais quoi d'abyssal qui constituerait un contenu convenu pour tel objet. Bref, j'étais en plein doute existentiel, lorsqu'un ami m'appela pour me demander de réaliser un logo pour une cause humanitaire en parallèle du tour de France (et dont l'objectif est de financer des opérations à Monaco pour les enfants malades d'Afrique). Et c'est alors qu'a surgit en moi l'évidence : pour que mon message soit clair et immédiat, il faut s'approcher toujours plus de l'intention initiale, et pour ce faire, bannir toute aspiration à l'esthétique de forme, toute digression culturelle. Ce logo, le voici ci-dessus.